La mise bas est une étape charnière dans la vie d’une chienne gestante, souvent source d’anxiété pour les propriétaires. Bien que la nature soit bien faite et que la majorité des chiennes accouchent sans assistance, une préparation rigoureuse et une connaissance précise des signes annonciateurs permettent d’intervenir au bon moment si nécessaire. Comprendre la physiologie de cet événement est le meilleur moyen de rester serein pour accompagner votre animal dans les meilleures conditions.
Signes annonciateurs : comment savoir que le moment approche ?
Plusieurs modifications cliniques et comportementales indiquent que la mise bas est imminente. La surveillance doit être accrue dès la fin de la période de gestation, qui dure environ 63 jours.
Les indicateurs physiologiques fiables
La chute de la température rectale est l’un des indicateurs les plus précis. Une baisse d’environ 1°C par rapport à la température habituelle (qui oscille entre 38°C et 39°C) survient généralement 8 à 24 heures avant le début du travail. Il est recommandé de prendre la température de votre chienne deux à trois fois par jour à partir du 54e jour de gestation pour détecter cette variation.
D’autres signes physiques complètent ce tableau : le relâchement de la vulve s’observe environ 48 heures avant l’accouchement, tandis que la fonte du bouchon muqueux, caractérisée par un écoulement glaireux, peut se produire jusqu’à 72 heures avant. La lactation peut débuter de manière très variable, parfois une semaine avant ou seulement le jour même.
Préparer l’environnement : sécurité et confort
L’installation d’un nid de mise bas adapté est fondamentale pour la sécurité des nouveau-nés et la tranquillité de la mère. Cette zone doit être située dans un lieu calme, à l’écart des passages fréquents, pour éviter tout stress inutile.

La caisse de mise bas doit être suffisamment spacieuse pour que la chienne puisse s’étendre totalement, tout en restant assez restreinte pour que les chiots ne s’égarent pas. Pour les grandes races, l’ajout de barres anti-écrasement fixées sur les parois intérieures est indispensable : elles créent un espace protégé où le chiot peut se réfugier si la mère se couche brutalement, évitant ainsi les risques d’écrasement accidentel.
En isolant la chienne dans un espace dédié, vous créez une transition protégée entre le tumulte de la vie domestique et l’intimité nécessaire à l’instinct maternel. Ce sas de décompression thermique et sonore favorise la libération d’ocytocine, l’hormone du travail, et réduit les risques d’inertie utérine liés au stress environnemental.
Les phases de la mise bas : un processus naturel
Le déroulement normal de la mise bas se découpe en trois phases distinctes, dont la durée totale varie selon la race et le nombre de chiots.
La phase de dilatation et l’expulsion
La phase de dilatation dure généralement de 6 à 12 heures. Durant cette période, la chienne peut paraître agitée, haletante ou chercher à creuser son nid. Les contractions utérines sont présentes mais ne sont pas encore visibles extérieurement. Une fois le col totalement dilaté, la phase d’expulsion commence.
Les contractions abdominales deviennent alors visibles et puissantes. Entre deux chiots, il est normal d’observer un temps de repos pouvant durer de 15 minutes à deux heures. La délivrance, c’est-à-dire l’expulsion du placenta, suit généralement chaque chiot, bien qu’il arrive que deux chiots naissent avant que les placentas ne soient expulsés.
Quand faut-il s’inquiéter et contacter un vétérinaire ?
Bien que la mise bas soit un processus physiologique, certaines situations de dystocie nécessitent une intervention vétérinaire immédiate. La présence de signes anormaux doit vous pousser à contacter votre clinique sans attendre.
L’absence de travail est une alerte si la température est descendue depuis plus de 24 heures sans signe de contractions. Un travail infructueux, caractérisé par des contractions abdominales fortes et continues pendant plus de 30 à 60 minutes sans expulsion de chiot, nécessite aussi une consultation. De même, si le temps de repos entre deux chiots dépasse 3 ou 4 heures alors que vous savez qu’il en reste d’autres, l’intervention est requise. Enfin, si la présence d’un écoulement verdâtre avant la naissance du premier chiot est normale, un écoulement hémorragique franc ou malodorant est une urgence absolue.
Les premiers soins après la naissance
Une fois le chiot expulsé, la mère doit normalement déchirer la poche amniotique, lécher le chiot pour stimuler sa respiration et couper le cordon ombilical. Si la chienne est épuisée ou inexpérimentée, vous devrez intervenir.
Si la poche est encore intacte, déchirez-la immédiatement au niveau du museau pour permettre au chiot de respirer. Frottez vigoureusement le chiot avec une serviette propre et sèche pour stimuler ses fonctions vitales. Si le cordon ombilical est trop long, vous pouvez le ligaturer avec un fil propre à quelques centimètres du ventre avant de le couper. Assurez-vous que chaque chiot accède rapidement au colostrum, ce premier lait riche en anticorps, indispensable à son système immunitaire. Une visite de contrôle chez le vétérinaire dans les 24 heures suivant la fin de la mise bas est vivement recommandée pour vérifier l’absence de chiot restant et l’état de santé général de la portée.
Pour garantir un suivi optimal, n’hésitez pas à noter l’heure de naissance de chaque chiot et l’expulsion de chaque placenta. Cette chronologie aide le vétérinaire à évaluer si le processus suit un cours normal ou si une inertie utérine s’installe. Maintenir une température ambiante stable, autour de 25°C à 28°C dans la caisse, est également crucial durant les premiers jours, car les nouveau-nés ne régulent pas encore leur température corporelle de manière autonome.
Enfin, surveillez attentivement le comportement de la mère. Une chienne qui refuse de s’occuper de ses chiots, qui semble abattue ou qui présente une fièvre importante après la mise bas doit être examinée rapidement. Ces signes peuvent indiquer des complications post-partum, comme une métrite ou une éclampsie, qui demandent une prise en charge médicale rapide pour la survie de la portée.